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Texte de l'éditeur
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Partitions pour Guitare Le temps gouttait. Le souvenir d’un olivier parcouru d’une sève lente se dessinait dans une brume de chaleur. L’Alhambra ruisselait d’août. Pierre Rescan jouait Kadaïf, en mars, quelque part sous une verrière. La chute sous forme d’un déplacement de tout le corps vers l’avant, la chute fut horizontale. J’étais précipité. Je faisais reconnaissance avec un homme, un de ces touaregs perdus en mer. Lorsque la dernière vibration des cordes s’estompa, j’avais parcouru cinq mille kilomètres dans des éclaboussures de lumière, apercevant distinctement chaque élément du paysage traversé, me réveillais groggy à hauteur de la branche d’un arganier d’où une chèvre blanche me regardait, souriante. « Il me semble, écrit André Breton dans Silence d’or, le seul texte qu’il ait jamais consacré à la musique, que ce point suprême d’incandescence, la musique et la poésie l’une comme l’autre ne sont aussi aptes à l’atteindre que dans l’expression de l’amour. » Les éditions clarisse ont la simple vocation de poser des pieux d’arpenteur. Pierre Rescan est un de ces faiseurs d’univers, un voyageur de la mobile expression de vivre, cartographe de sa propre géographie. Donner à voir, à lire ses partitions, au-delà de la seule dynamique technique, c’est aussi proposer un chant décodé, un regard décillé, un visage démaquillé… Cette musique est une femme nue séchant son dos lisse au feu d’un poêle à bois, après un bain parfumé, avant l’accord majeur d’un amour sans tabous. Lorsque la musique interprète – et la musique de Pierre Rescan traduirait – le parcours du sang inconscient jusqu’aux tempes, pour venir effleurer les quelques limbes qu’il nous soit autorisé de fréquenter, nous nous apercevons distinctement négatifs de nous-mêmes, la version photographique, immergée et révélée, du désir tout-puissant d’aimer. Cette seule frontière, errante, immatérielle, impondérable suffit à maintenir loin de l’être humain l’entrave du lierre qui croît, à la vitesse d’un film accéléré, jusqu’à sa mort.
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